J1.
Après 5h30 de route, et un petit crochet pour attraper le guide (Romain Gendey) et le BE (Mathias , on arrive au parking des Gorges d’Héric au pied du mont Caroux. Il fait moins froid qu’annoncé, par la météo que j’avais prise au sommet 🙈… Au soleil, à l’abri du vent, il fait même bon.

Malheureusement, du vent, il y en a et du soleil, pas toujours. Seulement entre les averses… Heureusement pour moi, la pluie arrive quand je suis à l’abri dans une espèce de grotte. Le froid est plus supportable sec que mouillé. Mon second confirmera…
Le groupe se sépare dans 2 voies assez proches sur La Pointe à Pistre et la Petite Suisse. L’approche est courte mais relativement raide, ce qui nous donnera l’occasion d’avoir chaud au moins une fois dans la journée… Nina, Romain, Antoine, Yanis, Thierry, Henri et Arnaud poursuivent un peu plus loin pendant que Fleur, Antoine, Mathias, Nathanaël et moi partons dans la voie sans nom, numéro 8(de l’ancien topo). Nous serons rejoints par Henri et Arnaud.
L1 : La première longueur fut difficile à trouver. La photo du topo n’est pas si claire et rien n’indique le départ… Fleur part en tête dans la première cordée, avec Antoine et Maxime. Heureusement, elle se trompe d’endroit pour faire son relai et nous offre un refuge étanche salvateur. Les difficultés de la première longueur sont : un mini ressaut en 4, facilement protégeable, le tirage dû aux arbres et un couloir arbustif, où poussent des bruyères de plusieurs mètres. Quand j’arrive au relais, il pleut déjà. Le temps d’installer mon relais – ce qui prend un certain temps en TA – la pluie redouble d’intensité. Quand Nathanaël arrive au relais, il est bon pour l’essorage.
L2 : Pendant ce temps, Antoine à décider que suivre le topo n’a aucun intérêt et s’offre une variante en dévers par la droite. La suite de la deuxième longueur ne suit pas du tout le tracé du topo, du moins si on va chercher le point au-dessus de la dalle (corde rouge sur la photo). Ça donne un pas de 5 (5+?) assez expo, pas si simple à protéger, avec un retour sur la dalle possible, si l’assureur « n’assure pas » ! Il faut savoir gérer sa marge et son engagement. Arnaud en fera les frais et se fera « secourir » dans ce passage qu’il aurait dû faire en second. Nathanaël profite du soleil pour sortir de la grotte par la gauche en 3+ avant de rejoindre la dalle puis le ressaut. Au-dessus le rocher est vraiment magnifique, très vieux, sculpté par l’érosion, compact mais suffisamment fissuré pour y caler un coinceur de temps en temps. Et il fait bon, ça grimpe presque en t-shirt.
Nous arrivons au sommet en même temps que le deuxième groupe, et les bourrasques de vent qui nous avaient épargnés jusque-là. On repasse en mode doudoune/coupe-vent. La descente se passe sans encombre.
L’installation au camping se passe de commentaire, si ce n’est qu’à notre grand bonheur, les salles de douches sont surchauffées !


















J2 :
La météo ne s’annonce pas vraiment mieux qu’hier. Plus de vent, giboulées de mai… On reste prudemment dans les Gorges d’Héric.
Alors que le reste du groupe a décidé d’aller se faire chahuter sur le Minaret dans la Sabot-Desmaison, avec Romain, Nina, Fleur, Armand et Arnaud, (et Gab), on reste plus bas dans des gorges, sur la Tête de Braque. La voie initialement prévue ayant un léger goût de bouchon, on va « ouvrir » L’Arête, raisonnablement plus exposée à la météo quelque peu fantasque.
L1, L2 et L3 passent sans encombre. Les deux premières cordées Armand-Romain et Gabriel-Arnaud « décident » de pimenter l’itinéraire en quittant la voie en L4 par une variante en 5c, repérée par Romain, plus impressionnante que difficile. Fleur et Nina restent dans la « dalle du piton ». Nous n’aurons eu que quelques passages pluvieux si brefs et peu intenses que le rocher n’a jamais été mouillé.
Après L5 sur un beau mur rouge fracturé, nous coupons à nouveau le groupe en 2. Arnaud et moi, nous allons nous mettre à l’épreuve, en tête, dans un ressaut en 6a, pas si bon qu’il n’en avait l’air et pas si facilement protégeable que ça, juste au-dessus du pas dur… émotions fortes garanties… La troisième cordée décide de faire comme tout le monde et contourne par la gauche en 5a. L6 est sortie pour tout le monde au soleil. Mais un grondement sourd nous ramène à la réalité météorologique du jour, la pluie revient en force. Un rappel sous la pluie, les pieds glissant, et nous revoilà sur le chemin du retour, au sec.
L’autre groupe continuant à batifoler sur son minaret, nous rejoignons un secteur de couenne à l’accès « varié » qui nous espérons restera sec pour la descente… Romain pose une grande moulinette de 50m dans un 6b? Pas commode du tout, au point que personne n’ira au sommet.
Romain mouline les pressés et/ou maladroits sur le haut, retour prudent pour les autres… Les fesses font un excellent frein dans les dalles et les dièdres…
Au camping, comme la veille, débriefe/apéro, barres protéinées de la marque Galibier, repas concocté par Henri, auto-désigné cuistot du séjour.




















J3 :
La météo s’annonce meilleure. On monte en altitude, direction le Bastion, une dent majeure, en bordure du plateau du Caroux. On décide de passer par le haut : la Croix de Douch, pour éviter les 600m de dénivelé depuis le bas. On espère que ça compensera un peu le départ poussif du matin. Le vallon du ruisseau d’Arles nous offre un magnifique paysage. L’approche se finit en remontant le raide ravin de Cadiol et sa magnifique hêtraie primaire. 1h30 d’approche tout de même.
Aujourd’hui encore nous formons deux groupes un dans l’Angle Blanc l’autre dans la Parallèle. Mais ce sera 2 cordées de 3 dans chaque voie. On espère gagner un peu en efficacité ainsi.
Dans la Parallèle, la première cordée à partir sera Armand, Fleur, Mathias. Je suivrai avec Nina et Arnaud en second pour le départ. Bonne nouvelle, nous trouvons facilement le départ de la voie : son nom est marqué sur une pierre. Mauvaise nouvelle : il pleut… Heureusement la paroi est particulièrement raide et un toit nous protège. On décide de manger, il est déjà presque midi. Les sacs seront plus légers.
Vu du pied, la falaise est vraiment impressionnante, des faces gigantesques, des lignes pures. Elle brille au soleil. On se sent tout petit. Au deuxième coup d’œil, on repère les ressauts, et les toits qui parsèment les dièdres. Par où ça peut bien passer ? Un coup d’œil au topo s’impose. Les cotations ne sont pas très impressionnantes, L1 :5+, L2 :5+… Attends ! attends… on dit pas 5C normalement ? C’est quoi la date d’ouverture ? 1946, pourquoi ? Aille, ça va piquer c’est pas du 5c, c’est du V+, c’est pas la même… L3 6a+ ou 5C/A0… Et effectivement les 2 premières longueurs sont esthétiques, longues et exigeantes. Et ici, le gneiss n’est pas aussi adhérent que dans les Gorges d’Héric. Il est plus compact, les plans de cassure sont lisses, pas encore érodés par l’eau. Il faut bien se placer pour éviter la zipette.
L2 se finit par une traversée épique, et mal protégée pour les seconds, qui nécessitera une main courante rappelable pour la dernière de cordée. Pensez à bien, bien, mais alors vraiment bien prolonger en début de traversée, sinon, ça va coincer… Mathias voit s’avancer l’heure avec une certaine anxiété. Même s’il y a assez de place pour bivouaquer à tous les relais. Ce n’est pas dans nos plans. Il décide de renvoyer Armand en tête dans L3, c’est le plus efficace d’entre nous. Ça ne fait pas l’unanimité, mais ça s’avèrera la bonne décision.
Armand finit L3 avant que Nina n’arrive à R2 à 16h. On a mis 4h pour faire passer tout le monde dans les deux premières longueurs… Arnaud est déjà bien entamé, il est dans son niveau max en second. Nina est en forme, elle passe en tête pour L3 dans la deuxième cordée. Elle découvre l’artif, du coup, on « triche » un peu et Mathias la met sur sa corde et la conseille pour qu’elle puisse aller plus vite. Même en second, l’ambiance de cette longueur est incroyable, dièdres lisses, fissures fuyantes, cheminement sous les toits, traversée déversante, réta au pied de R3. Je commence à tenter en libre. C’est vraiment dur. Je ne maîtrise pas les mouvements dans ce rocher, tout nouveau pour moi. Le 6a+ me parait bien sec. Devant moi Arnaud avance en artif. Finalement, je fais pareil pour gagner du temps (et peut-être éviter une foulure d’égo) : je dois aussi enlever tous les coinceurs ! On est tous à R3 à 17h45.
L4 : Fleur est déjà presque au sommet de la dernière longueur en 5, pardon, en V… Un seul pas bien tordu, le reste est en 3. Ça déroule, sauf la fin où il faut trouver l’itinéraire.
Une cordée de star nous double, c’est leur troisième voie aujourd’hui… Ils doublent les deux dernières longueurs, partent en corde tendu, se protègent mal, utilisent un de nos friends, friend qu’ils emporteront par erreurs et nous rendront le lendemain… Ils s’excusent platement au sommet.
Pour aller plus vite Mathias remonte la corde et on fait une double flèche. Je fais le ramasseur de coinceur. Je sors à 19h10. On retrouve les cordées de l’Angle Blanc qui finissent en même temps.
Toute la journée, il a fait bon, au soleil et à l’abri du vent dans la voie. On voyait juste les nuages passer à grande vitesse au-dessus de nos têtes. Et là, maintenant sur le plateau, on comprend pourquoi ils étaient si pressés ! Et nous aussi du coup !
Le retour n’est pas super bien indiqué, mais on finit par retrouver l’entrée du Ravin de Cadiol. Quelques cordes à nœud sécurisent des pentes boueuses. La progression est assez lente dans les chaos de bloc et de branches. Mais les arbres sont grandioses et nous protègent du vent, pas toujours de la pluie. Plus on avance, meilleur est le chemin. On finit par arriver aux voitures à 21h30… Il fait 6° et quelques km/h de vent…
Il faut toujours penser à garder une recette rapide pour un soir, genre pâtes au pesto, au cas où, d’après Antoine. Et j’ajouterais un cuistot efficace en plus (Encore merci Henri !) Et ce soir, c’est vraiment bien venu. Une bien belle journée s’achève avec un bon apéro et un bon repas !


















J4 :
Réveil matin courbu© et matinal. La journée promet d’être bien longue. Pliage du camp, petit déjeuner, préparation des cordées, plus ou moins dans l’ordre. Le camping payé, on remonte dans les Gorges d’Héric pour la troisième fois.
On garde les groupes d’hier, mais on échange les encadrants. Le groupe de Mathias part à la Tour Carré d’Aval pour la Durandal. Avec Romain, l’idée est d’aller au Rocher Mare, faire une voie pas trop difficile, pas trop longue, avec pas trop d’approche… Malheureusement, ils sont nombreux à avoir eu la même idée et c’est la queue au pied de la voie. On décide de rejoindre le reste du groupe et de faire la voie à leur droite : La Maurel.
On prépare nos deux flèches Romain, Nina et moi, suivi de Fleur, Armand et Arnaud. Notre topo, d’époque… annonce D+ (5c, 4+, 5a, 4+, 4). Pas de quoi impressionner… Et pourtant le départ à l’air vraiment mal commode: une dalle vaguement protégeable qui vient buter sous un toit, une petite traversée sur des pied moussu (penser à prendre une brosse métallique la prochaine fois…) pour rejoindre une fissure Dülfer, avec en prime pas mal de toile d’araignée…
L1 : Romain sent le traquenard et décide de partir en tête, avec tout le monde en second. Bien lui en a pris ! Dans le nouveau topo, la longueur est recotée 6b… Et c’est mérité. (du coup, la L3 de La Parallèle me semble un bon gros 6b+/6c… on n’a pas fini de débattre des cotations). Je passe relativement rapidement le départ, mais pas sans couiner. La suite déroule bien sur un gneiss très érodé qui laisse apparaître des patates de cristaux blancs légèrement tranchants… Derrière ce sera plus difficile, notamment pour Arnaud qui se cogne un pied en faisant un pendule. Romain devra redescendre les aider, à mi-longueur, pour éviter de trop frotter les cordes sur le rocher. On voit nettement des traits de peluche rose là où notre corde s’est appuyée. Nina arrive au relais sans trop de soucis. Fleur va à son rythme, sous les encouragements insistant de Romain… Armand commence à comprendre que ce ne sera pas des vacances pour lui aujourd’hui et qu’il ne pourra pas rester tranquillement en second toute la voie…
L2 : Je reprends la tête pour une très courte longueur. Un peu de jardinage pour dégager le départ au-dessus d’un chêne buissonnant. Un ressaut bien raide pour du 4+ ! Mais en 3 pas, c’est passé. Le topo indique un relais au milieu de la vire. La suite logique est de partir directement sous le toit à droite. Mais la réalité du tirage fait qu’il vaut mieux faire relais sur le premier chêne venu et partir se promener sur la vire en suite.
L3 : Grand débat sur le cheminement. Le tracé du topo me semble fantaisiste. Il fait traverser dans un ressaut assez compact puis passer au milieu du toit…tirage assuré ! Au dessus le rocher à l’air magnifique et la longueur… longue. Ça a un petit goût d’aventure. Je pars donc dans ce qui me paraît le plus logique. Remonter directement sous le toit, le contourner par la droite puis monter tout droit. C’est ça l’avantage de poser soi-même ses points! Pour une fois, la cotation 5a me paraît gentille, rien n’est plus difficile que le 4+ d’en dessous. Le relais sur un chêne, entouré d’un bout de corde blanchi où pendouille un maillon rapide, est un peu moins confortable que les vires *** d’en dessous.
L4 : Pour gagner du temps, je continue en tête. Le début de la longueur se déroule sans encombre, toujours un vieux rocher de bonne qualité, une fissure ou un chêne de temps en temps pour ne pas se faire peur… Jusqu’à une fissure large d’un gros point qui raye verticalement la vague proue ou je grimpe. C’est beau mais c’est rond… Ça s’annonce subtile… Je pose mon dernier gros coinceur dans le bas de la fissure. Plus haut, il y a des petits blocs coincés dans la fissure je pourrais peut-être en cravater un, pendant qu’un autre me servira de prise. Perdu ils bougent tous ! La main sur une mauvaise patate de cristaux, j’arrive à placer un 0.5 dans un resserrement, assez bas, en fond de fissure… Et là, il faut y aller, la protection suivante sera un arbre 3 m plus loin… Le 4+ me parait nettement plus dur que le 5a… C’est probablement du IV+… R4 sur un chêne et un friend, pour le confort. Confort qui a nécessité un peu de jardinage… Pensez à apporter une scie…
L5 : Nina passe en tête pour la dernière longueur. Plusieurs petits ressauts en 4 entrecoupés de marches nous mènent au câble qui conduit au rappel de descente. Nous y retrouvons Antoine et Thierry. Il est déjà bientôt 16h. Pour gagner du temps, nous n’attendons pas les deuxièmes cordées.
Descente: Thierry ouvre le bal, suivi d’Antoine puis Nina. Le rappel est en fil d’araignée, sympa. Quand les pieds touchent le sol, c’est dans un couloir assez raide, tellement raide au départ qu’on reste sur la corde pour descendre jusqu’à un replat. Romain nous a mandaté pour repérer la descente. On part devant avec Antoine et Nina. C’est pas très stable, on arrive sur un petit verrou qui se désescalade sur une petite dalle au-dessus d’un méchant ravin… Je prends la décision de poser une corde fixe pour sécuriser la désescalade et la vire expo qui suit. La suite est encore plus raide et moussue… Romain nous rejoint et pose un rappel. Antoine part en premier. Arrive sur un grand replat. Il fractionne le rappel sur un chêne pour les 10 derniers mètres, un vilain miroir moussu. Romain mouline Thierry avec le reste de corde de la main courante pendant que je descends dans la première partie du rappel.
Et là les mots qu’on aime pas entendre raisonnent dans le couloir : “ATTENTION CAILLOU”
Un lutin farceur a réussi à convaincre un gros galet que, plus bas, c’est beaucoup mieux. Il arrive presque à se faufiler dans le groupe sans toucher personne… Un genoux frôlé d’un peu trop près vaudra un gros hématome à Fleur. Fantasque, il décide de se séparer en deux avant d’attaquer le rappel… Thierry et moi en gagneront quelques cheveux blancs de plus. Pour le moment, nous ne savons pas encore quel est le niveau de gravité de la blessure. Fleur nous rassure sur son état, elle peut tenir en appui sur sa jambe, même si elle a du mal à la plier. Romain la descend sur son dos en bas des rappels. La route n’est pas loin. On décide de continuer à pied, en apportant à Fleur l’assistance dont elle a besoin (soutien, parade, moulinette…). Yannis ira même faire ouvrir la barrière pour rapprocher la voiture.
Au final, plus de peur que de mal et un bon sujet de discussion philosophique. Après 4 jours, presque sans encombre, sur des voies en terrain d’aventure, parfois bien aventureuses, on ne déplorait que quelques chutes de coinceurs et quelques fractures d’égos… L’adage qui dit que la course n’est pas finie tant qu’on n’est pas arrivé au parking, prouve qu’il n’est pas là pour rien!




























Bilan.
Nous avons fait la découverte d’un super massif, avec un rocher vraiment original, et dont le seul défaut est d’être un peu trop loin de Grenoble. La roche est un très vieux gneiss très érodé comme on n’en trouve pas dans nos jeunes Alpes.
C’était un super week-end où tout le monde a pu progresser en TA et repousser ses limites dans l’autonomie et l’engagement.
La météo s’annonçait pour le moins fantasque… et elle l’a été : l’hiver avec un soleil du mois de Mai. Romain et Mathias ont super bien gérer en optimisant au mieux les secteurs de grimpe.
Une leçon : rester vigilant face aux chutes de pierre, et pas seulement dans les voies !
Texte : Gabriel
Photos : tout le monde et Gabriel
