Brèche roche fendue, 9 février


Au commencement, bien avant l’apparition du CoVid19, il y avait le ski.
C’était un monde d’une blancheur immaculée, de douceur et de poudre blanche te laissant dans un état extrêmement excité après s’être fait une bonne ligne.
En ces temps heureux, nous cherchions toujours plus de plaisir, toujours plus de pente, toujours plus de neige… Mais la neige en cette période se faisait rare. Et seuls les sages savaient où la trouver, et où trouver la meilleure qualité. Une poudre bien sèche et légère, celle qui nous donne le sentiment de voler nous attendait encore quelque part.
Et non pas cette consistance un peu collante, lourde et humide, qui laisse une sensation pire que la langue pâteuse du matin.

Nous nous tournâmes vers maître Franck, sage parmis les sages, afin de pousser un peu plus loin notre apprentissage et de suivre le cheminement des anciens en quête de la meilleure poudre, de la plus belle ligne. Maître Franck nous comptait que depuis des temps anciens et immémoriaux, parfois, lorsque les conditions étaient réunies, de la neige poudreuse, froide comme la glace mais légère comme la plume, pouvait encore survivre aux assauts répétés du soleil. Mais pour cela, il fallait aller chercher des combes reculées, orientées nord ou est, dérobées à la vallée du Grésivaudan…

Et nous partîmes sept mercenaires (Franck, Chloé, Isabelle, Léopold, Alberto, Maxime et moi) à 7h, aux premières lueurs, vers l’est du massif de Belledonne, de l’autre côté des rocheuses, nous sustenter de ces pentes et ces combes suspendues pour assouvir notre soif de survoler des descentes. Nous arrivâmes enfin au Rivier d’Allemond, commencement de notre cheminement vers les plus hautes cîmes. Mais la quête est long et le chemin est rude… et la route est noire. Sans nous décourager, nous nous chargions de nos skis et nos surfs sur les épaules et commencions notre chemin de croix en quête du Nirvana. Enfin d’un nirvana. La brèche de Roche Fendue, pour être précise. Avec un retour par le col de la pierre et le vallon de la Jasse. Le nirvana, ça se mérite.

Et nous attaquions avec un bon rythme la prairie, skis au pieds (ou surf sur le dos), avant de déchausser en retournant dans les bois et reprendre notre chemin de croix. Quand nous sortîmes enfin de la forêt, nous prîmes un instant pour communier avec la nature. Enfin c’était surtout pour poser un instant le sac avec le surf, rechausser les deux skis, grignoter trois graines, et boire quatre gorgées. Sous le regard bienveillant de notre berger, nous nous attaquions à la montée vers la brèche, à bon rythme. Entourés d’une neige de rêve, la splendeur des lieux nous imbibait comme le rhum nous laissait babas (haha). En atteignant notre premier but, nous trouvâmes la neige dont le BERA nous avait prédit la présence : neige dure tendance glace.

Notre guide, le regard solennel observait déjà les pentes qui nous attendaient de l’autre côté du col. La neige était-elle praticable pour atteindre le col de la pierre ? La neige serait-elle vraiment meilleure dans l’autre vallon ? Tant de question… Et pas une trace pour guider notre choix. Au final, dans le doute, nous ne tentions le Diable : nous redescendîmes par le chemin de montée, à quelques variantes près pour trouver quelques accumulation de-ci de-là. Après nous être sustentés, nous nous gavâmes d’une poudre légère, virevoltant autours de nous à chaque virage, tel un halo de lumière inondant notre sagesse toute fraîche d’un itinéraire savamment choisi.
Faute de mieux, sachons nous repaître de ces souvenirs précieux que nous transmettrons au coin du feu en faisant quelques envieux…

TLDR: quand la neige elle prend le soleil, le froid, la pluie, qu’elle change 5 fois d’état dans la semaine, cherche dans les vallons froids et offre-toi une pure descente. Bon sauf quand t’es confiné chez toi. Là, t’as plus qu’à farter tes skis et à attendre.

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