Spéléo-glaciaire sur la mer de glace


Notre terrain de jeu (Oui la spéléo c’est jouer avec des cordes, ce qui se passe sous glace reste sous glace)

 Grenoble, GUCEM, 6h15, le jour est encore jeune, le ciel bien noir et les yeux encore piquants, mais un petit groupe de gens est affairé à empiler des sacs presque plus lourds qu’eux dans le coffre d’un van, à côté de cordes et autres matériels au bruit de métal et bouts pointus, qui de visu, nous font de suite penser aux fameuses soirées bondage-sm du GUCEM. 6h30, le van est remplis, la troupe au complet, les passagers attachés, le frein à main desserré, et en voiture Charlie. Deux heures de route et un drift dans une courbe verglacée gérée d’une nonchalance professionnelle par Charlie P. Walker Jr (ndlr fils caché du regretté Paul Walker) plus tard, les apprentis alpinistes arrivent enfin à Chamonix. Ces apprentis alpinistes, ce sont nous, accompagnés de deux guides chevronnés, Charlie, et Yann qui nous a juste rejoint. Il y a Alexis, Arya, Baptiste, Camille, Eloane, Fabien, Julian, Kira, Matisse, Mathieu et Sylvain.

Yann dans toute sa splendeur!!!

Équipés bien chaudement de doudounes vivement colorées, nous prenons notre billet aller-retour. On monte dans le petit train rustique qui monte à l’envers à Montenvers, ce qui nous épargne au moins quelques heures de souffrance à monter chargés comme des mules, mais nous fait gagner au moins quelques heures de souffrance dans le froid du glacier. Là-haut, arrivés à la station, le soleil brille et la vue est, et ce n’est pas Cristina Cordula qui nous contredirait, magnifique, ou plutôt “magnifiquement dramatique” pour les habitués qui ont pu en observer l’évolution. Il est environ 10h, une partie est déjà à l’ombre, entourée de pics tous plus hauts les uns que les autres qui baignent encore au soleil. Si on plisse les yeux, on peut apercevoir en contrebas, une tente, seule, posée entre deux cailloux. Mais qui peut bien être cette fameuse créature qui vit là-bas, tout seul ? Ça doit être le yéti, pensais-je tout haut. Je ne pense pas que le yéti dorme dans une tente, me rétorque-t-on d’un ton que je qualifierais de plutôt sarcastique. C’est là-bas que l’on va résider pendant ces deux jours. On amorce la descente un peu glissante, mais surtout qui nous donne un témoignage direct et irréfutable de la fonte du glacier et du réchauffement climatique par des panneaux quelque peu déprimants tout le long du sentier. Niveau du glacier, 1820, 1890, 1920, 1980, 2003… 12h (à quelques vaches près), à peine le temps de profiter des derniers rayons de soleil sur nos visages encore frais et non rougis qu’il faut planter les tentes, casser la croûte et se préparer pour aller explorer le premier moulin. Apparemment, on n’est pas là en vacances. On fait un rapide tour de table pour se présenter, puis on forme deux groupes. On prépare matos et cordes, puis on se met en marche, car c’est notre projet (celle-ci, si vous l’avez, elle est vraiment à contrecœur, je n’assume pas). 15 minutes plus tard, on fait face à un puits, qu’on appelle plus communément un moulin. Tandis que l’on finit de s’équiper plus ou moins efficacement en prenant soin de bien mettre la pédale AVANT les crampons, Charlie, lui, commence à équiper. Un par un, on commence à le suivre et à descendre. Lorsque l’on est coupé du vent, il fait plutôt bon. Dans les méandres horizontaux plutôt secs, on croise quelques jolies formations glacées, qui méritent des photos (et seront par la suite cassées pour éviter d’éventuels drames mais surtout que le second groupe trouve ça joli). Fabien équipe la seconde partie du réseau jusqu’à la dernière descente qui nous mène directement dans un cul-de-sac. C’est en fait un siphon avec une eau un peu sablonneuse, qui n’appelle pas vraiment à la baignade.

Ok, j’avoue, ce n’est pas tant l’opacité de l’eau que la température de celle-ci qui me démotive à aller piquer une tête, puis j’ai oublié mon short et bonnet de bain, je ne savais pas qu’il y avait piscine. En croyant découvrir un ossement de l’époque quaternaire qui ressemble étrangement à un bout de tuyau PVC bien usiné avec des entailles, on nous apprend que c’est en fait le fameux instrument développé et quasiment breveté que Benoît dissémine un peu partout au fond des moulins pour des analyses de l’eau. Il est temps de remonter. On laisse les cordes car on a un peu la flemme de déséquiper, ah non, on me dit finalement que c’est l’autre groupe qui le déséquipera après nous. Sur le retour, Alexis a voulu nous montrer ses talents de danseur sur corde, les cours n’avaient pas encore commencé apparemment. C’est finalement le pinocchio (que certains spéléos bizarres s’obstinent à appeler ‘pantin’) qui ne voulait pas s’enlever. Après ce petit moment divertissant, merci Alexis (et désolé), on sort tous sain et sauf du moulin. Le froid à l’extérieur nous pousse à aller nous réfugier dans un autre moulin, à moins que ce ne soit pas l’envie de visiter le moulin… On arrive au second moulin au moment même où l’autre groupe en sort. Quelle synchronisation, et ce, sans même se concerter. L’entrée de ce moulin est horizontal, contrairement au premier, et il annonce clairement la couleur, Il est magnifique. La glace au reflet bleuté est beaucoup plus propre. Puis un premier puits commence, et s’enchaînent ainsi une succession de verticales, doublement équipées pour la plupart, ainsi que des boyaux avec des vires assez sportives. C’est soit ça, soit on met les pieds dans l’eau. On apprendra plus tard que Julian a préféré la seconde option. Il ne m’aura pas attendu pour se baigner du coup, mais uniquement le pied. Pour passer les boyaux suivants, il faut y aller en opposition, les crampons dans la glace en étant à moitié allongés et tenus par le dos sur la paroi opposée. Sur le dernier passage, la corde classique se transforme en corde de 6 mm… Je ne saurais pas dire pourquoi, mais j’ai l’intuition que Benoît est passé par là, non ? Il n’y a pas mal de substance mousseuse (j’ai oublié le mot en fait, désolé) au fond de ce moulin. Je commence à déséquiper cette partie, avec l’aide non négligeable du piolet (merci Charlie) pour éviter de faire une Julian. Fabien prend la suite. Il est environ 20h lorsque l’on sort. La nuit déjà bien noire est belle car décorée de milliers de paillettes, qui semblent former comme des figures approximatives pour certaines. Sortie du trou, on aperçoit au loin, un peu plus bas dans le glacier, les lumières de notre camp. De retour au camp de base, on se retrouve face à une scène de crime. Du calme Sherlock Holmes, personne n’a disparu, ni même été blessé, et rien n’a été volé apparemment, seules quelques affaires ont été fouillées et éparpillées dans les tentes. Sur ces découvertes un tantinet inquiétantes, il est maintenant l’heure de passer au graillon. Le point chaud s’établit en marge du vent. Chacun à sa popote. Bien qu’aucune preuve n’ait été retrouvée, la légende raconte qu’il y eut de l’aligot et du vin chaud pendant cette soirée courte mais réconfortante. En regardant en l’air, la nuit est claire, aucun nuage, il va faire froid, très froid. Mieux vaut avoir prévu un bon duvet et matelas.

Pose d’un capteur de pression et d’un récipient pour récupérer de l’eau en cas de crue

Jour 2, il est 7h, la mer de glace (et de cailloux) se lève. On est encore mieux chacun dans sa tente et son duvet pour petit déjeuner, au moins le temps de se préparer psychologiquement à affronter le froid. Sur les coups de 8h-8h30, deux groupes sont formés. On aura le temps pour qu’un seul moulin aujourd’hui avec l’objectif d’aller au plus loin en tournant à l’équipement. On commence par équiper en double avec Julian. Deux chemins légèrement différents mais arrivant au même point, une dizaine de mètres plus bas. Avant de rentrer dans le boyau, on profite des superbes couleurs et structures de glace qu’on découvre en bas de cette entrée. On pourrait quasiment s’entraîner à la cascade de glace ici. Un glaçon géant joue à l’équilibriste presque au-dessus de nos têtes. Ça ne donne pas envie de s’attarder ici. On continue par le boyau. Matisse prend le relais pour l’équipement. Pas de verticale mais une vire à équiper pour éviter de se retrouver les deux pieds dans l’eau, un conseil fort sage et avisé de Julian. En attendant, on s’entraîne et on double quelques points avec des “œufs à la coque” (transcription de l’abalakov), méthode qui nous économise une broche mais requiert une dyneema. On se suit dans ce joli boyau en prenant soin de laisser des marques de crampons sur les murs à défaut de marques de chaussures dans la glace. Après quelques mouvements dynamiques ou en cochon pendu pour certains passages, le boyau s’élargit enfin. Elouane et Camille équipent la dernière partie, avec des broches et des œufs mimosa mais on est quasiment à court de broches et dyneemas. Le silence est revenu lorsque l’on entend des pas de crampons dernière nous, on a été suivi. Ouf, c’est juste un Benoit Urruty qui nous a rejoint. Le voyage se termine quelques mètres plus bas, non pas parce que c’est un cul-de-sac mais parce qu’il faut penser à remonter si on ne veut pas rater le dernier tchou-tchou pour redescendre dans la vallée. Une dernière photo tous ensemble, le temps que Benoît pose son tuyau (à défaut de devenir une expression imagée pour “couler un bronze”, je parle ici bel et bien du tuyau PVC pour les analyses de l’eau) et c’est parti pour la remontée assez sportive dans le méandre. La sortie du couloir est d’autant plus jolie que maintenant l’angle du soleil est parfait pour produire un effet lumineux exceptionnel avec les sommets qui se reflètent à l’infini sur les parois bleuet du glacier, un peu à la manière d’un kaléidoscope. La sortie du moulin se fait tout en douceur et le soleil sur nos visages est chaleureusement retrouvé. Ce moulin était parfait pour conclure ce week-end, malheureusement trop court.

Il ne fait pas chaud quand ça équipe devant.

On aperçoit notre campement plus bas, toujours là, mais la découverte que l’on s’apprête à faire ne va pas nous laisser sans séquelles. En rentrant sur le camp, une scène d’horreur se déroule sous nos yeux avec des morceaux de tomates, de roquette, peaux de mandarine, etc. éparpillés par ci et là. Cette carcasse dépecée ressemble étrangement à ce qui aurait dû être mon sandwich du midi… merde. Il semblerait qu’un groupe d’alpinistes ait vu les coupables en action, qui ne sont rien d’autres que des choucas, des oiseaux noirs de taille moyenne, apparemment non végétariens et au bec suffisamment pointu pour transpercer un couvercle en plastique. Après un rapide déjeuner sur le pouce, il est temps de plier le camp. Sur le chemin du retour, je croise une toute mignonne mais impétueuse petite gerbille qui ne demande qu’à être adoptée. Après de longues secondes de complicité, je dois lui faire comprendre que je ne peux pas l’apprivoiser: “c’est ta faute dit le petit mathieu, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise”.

Bizarrement, la remontée vers la station de monte à l’envers est plus difficile que la descente, avec une petite glissade par ci et là. Après une photo de groupe plutôt dissipée devant une mer de glace plutôt calme, on redescend avec le petit train. En bas, dans la vallée, on prend une dernière bière ou un chocolat chaud au chaud, avant de partir mais garder en mémoire que de magnifiques souvenirs de ces deux jours sur et dans le glacier de la mer de glace. Une aventure qui ne nous laissera pas… de glace.

Merci à Mathieu pour la rédaction du compte rendu.

Merci Yann et Charlie pour l’encadrement. Yann on se retrouve à la Coume Ouarnède!!! (un projet pour l’été j’espère

Une équipe de folie!!!

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